Tribune libre – Participer ne s’improvise pas

Au gré de nos échanges, un 8 Mai, sur le parvis de la Mairie …

Pourquoi cela semble-t-il si long ?

On ne décrète pas la participation citoyenne d’un claquement de doigts. Si la démocratie représentative, celle des urnes, est une mécanique bien huilée, la démocratie participative, celle du quotidien, ressemble encore à un chantier en friche. Après des décennies où le citoyen a été tenu à l’écart, le faire revenir à la table des décisions est un défi de chaque instant.

Le constat d’un vide hérité

Il faut être lucide : pendant des mandats entiers, le sujet a été superbement ignoré, pour ne pas dire délibérément occulté. On demandait aux habitants de voter, puis de s’effacer. Aujourd’hui, nous partons de rien, ou presque. Cette absence de tradition a créé des réflexes de méfiance. D’un côté, des élus habitués à décider seuls, de l’autre, des citoyens qui ne croient plus que leur avis puisse peser. Installer cette nouvelle culture n’est pas une simple réforme, c’est une « création totale ».

Le mur de la réalité municipale

Dans l’enceinte d’un conseil municipal, la théorie se heurte souvent à la dure réalité du terrain. Pourquoi est-ce si complexe ?

Le temps de l’apprentissage

On ne passe pas du statut de spectateur à celui d’acteur en quelques semaines. Il faut réapprendre à s’écouter, à débattre sans s’affronter, et cela demande une patience que le rythme de l’actualité ne nous accorde pas toujours.

La technicité des dossiers.

La rénovation d’un centre sportif, le réaménagement d’un centre bourg ou la mise en place de comités consultatifs sont des dossiers arides. Faire participer, c’est d’abord faire l’effort de rendre ces sujets compréhensibles par tous, sans les simplifier à l’extrême.

Le changement de posture

Pour un élu, accepter que le citoyen devienne un partenaire de travail est un vertige. C’est accepter de ne plus avoir le dernier mot sur tout, pour gagner en contrepartie une décision mieux acceptée.

Le piège de l’urgence

Vouloir « aller trop vite », c’est condamner l’idée même de participation. Si on installe des outils, points de rencontre publique, conseils de quartiers, budgets participatifs, sans avoir au préalable construit la confiance, on ne récolte que de la frustration. La démocratie participative n’est pas un « gadget » de communication pour les campagnes électorales, c’est un travail d’orfèvre qui demande des mois, voire des années, pour devenir crédible. Appel à la patience républicaine Nous devons cesser de croire que la participation est une baguette magique. C’est une plante fragile et susceptible qu’il faut arroser avec persévérance. Donnons-nous le temps de cette transition. Ne jugeons pas la réussite d’une politique de participation à la rapidité de sa mise en œuvre, mais à la solidité des liens qu’elle tisse à nouveau entre la mairie et la rue. La démocratie de demain ne sera pas verticale ou horizontale, elle sera vivante, exigeante, et surtout, elle sera l’affaire de tous, pas seulement le temps d’un dimanche d’élection, mais chaque jour de la vie de notre cité.

Philippe Evezard
Conseiller municipal, adjoint à la démocratie et aux affaires maritimes


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